ULTIMES CONSEILS AVANT D’éCRIRE
ULTIMES CONSEILS AVANT D’éCRIRE
(Extrait de Journalisme narratif en pratique,
éd. De Boeck, Louvain la Neuve, 2011)
Que vous disposiez de trois jours, deux semaines ou un mois pour écrire votre texte, le processus d'écriture est toujours le même: libérez vos matinées pour ne vous consacrer qu'à l'écriture, quittez la rédaction s'il le faut et n'y mettez les pieds que l'après-midi pour le courrier, les urgences de l'actualité, la mise sur pied de l'une ou l'autre interview complémentaire ; fixez-vous des objectifs quotidiens, qui vous permettront d'évacuer chaque jour l'angoisse de la date-butoir et du travail qui reste à faire; une fois à pied d'œuvre, rédigez - sans trop vous attarder sur le style - un premier brouillon qui vous mène de l'ouverture à la chute à travers tout l'arc narratif, en empruntant la totalité des séquences retenues dans votre plan d'article; procédez ensuite à l'amélioration factuelle puis stylistique du texte, puis à des coupes claires, enfin à des coupes sombres; in fine, travaillez à loisir l'écriture, polissez le texte. Rassuré sur la qualité de votre travail, sur votre capacité à le mener à bien, vous constatez alors que votre texte est à nouveau trop long. Vous l'abrégez une troisième et dernière fois.
Mais avant même la rédaction d'un brouillon, le maître-mot est « compostage »: nourrir son sujet de petits riens, les laisser fermenter dans un coin de son cerveau, ou les recueillir dans un carnet de notes qui ne vous quitte pas, puis les ressortir au moment de la rédaction. Comme le reconnaissait Rudyard Kipling, « mon travail au bureau m'avait appris à étudier une idée en détail, à la ranger au fond de ma cervelle, et à la travailler de façon intermittente où que je me trouve. »
Lorsque sort le premier jet d'un brouillon, l'important est toujours l'idée et l'avancement de l'action, pas la forme.
Attention, les premiers mots qui vous viennent à l'esprit sont parfois les meilleurs. Sauvez précieusement ce brouillon original afin de conserver une trace de la simplicité du vocabulaire: “Ne faites aucun effort pour améliorer [votre vocabulaire]. L'un des mauvais coups que vous pouvez porter au texte que vous écrivez serait d'en châtier le vocabulaire en cherchant à y introduire des mots longs ou rares parce que vous auriez honte des mots petits et courants que vous employez. Autant habiller votre chien ou votre chat en tenue de soirée.” (Stephen King)
BON À savoir
Les dernières années ont vu apparaître des logiciels qui aident à organiser l'écriture de textes narratifs. Au lieu de travailler dans un fichier unique de traitement de texte linéaire (ou d'ouvrir en simultané plusieurs fenêtres qui demeurent chacune distinctes et linéaires, au risque de planter l'ordinateur et le travail de la journée), un programme comme Scrivener permet d'ouvrir d'emblée un fichier multi-chapitres et multi-scènes, où tout peut être scindé, fondu, rescindé, mélangé, tant dans un espace linéaire que sur un tableau d'affichage plan. L'auteur travaille à chaque fois dans une farde ( un binder) qui comprend bien entendu le manuscrit et toutes ses subdivisions, mais aussi un classeur reprenant les fiches d'identité de chaque protagoniste (et les photos, documents et vidéos qui leur sont liés), un autre classeur énumérant les lieux (avec, à nouveau, les documents, photos et vidéos qui y sont liés) et un troisième classeur organisant tous les documents utiles à la rédaction du narratif, qu'il s'agisse d'un article un peu long ou d'un livre.
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Compostez, laissez vos idées se fixer