parmi Les fondamentaux, l’action
parmi Les fondamentaux, l’action
(Extrait de Journalisme narratif en pratique,
éd. De Boeck, Louvain la Neuve, 2011)
Reprenons. Au début était l'action. Au début de toute histoire est le verbe d'action. Toutes les règles du récit en découlent ensuite, avec naturel: pour comprendre puis restituer l'action, le journaliste l'approche, l'expérimente, la digère. La proximité, l'implication personnelle du journaliste puis son recul critique est la règle trinitaire du genre, ce qui assure au récit une fiabilité factuelle supérieure au journalisme courant: le journaliste sait de quoi il parle, il en traite avec autorité. S'il est honnêtement conçu, le récit sera supérieur à l'enquête brute et au reportage, qui n'en seront en quelque sorte que les deux stades préparatoires. Lorsque le journaliste a non seulement acquis une connaissance approfondie de son sujet, mais qu'il en a en outre engrangé une expérience, il est à même de développer une “voix”, un ton, un angle, qui sont autant de marques distinctives du récit.
Discrètement, sans être un trait particulier ni même nécessaire de la narration, le style et l'écriture enchâssent cette voix journalistique. Ce qui est certain, c'est que l'action et sa restitution journalistique déploient un temps et un espace. D'autant plus que l'action a transformé les personnes qui y ont pris part: leur monde a changé, ils se sont rendus du point A de leur vie à un point B. D'où l'apparition d'une autre spécificité du récit: sa structure, mouvement continu de l'incipit jusqu'à la chute, d'où se dégage une leçon de vie. (...)
(...)Mais nous avons choisi à dessein le mot “implication” plutôt que le terme “immersion”, lequel ouvre les portes d'un genre très spécifique de journalisme. ‘‘Me placer en situation d'être affecté’’: voilà la clé. Nous voilà en zone de prise de risques, même si ce risque est limité dans le temps ou par la nationalité de notre passeport, comme c'est le cas lors d'un reportage en zone de conflit. Dans le cadre du narratif, l'implication que nous recommandons est très exactement celle du “souffle du réel’’, titre de cet ouvrage: soyez assez près de l'explosion pour en entendre la détonation, mais aussi pour en sentir le souffle. Cependant, ne vous laissez pas submerger par l'explosion.
À savoir
Inspirez-vous des anciens:
Stendhal dans les phases d’action, Tolstoï à Sebastopol, Kipling première manière, Hemingway, Ernie Pyle, Borges pour la part de mystère, Simenon pour la ligne claire, Cormac McCarthy pour son impitoyable concision.
A lire aux XXIeme siècle:
Jon Lee Anderson dans les colonnes du New Yorker, David Finkel (De bons petits soldats), Jon Krakauer (Into the Wild), les reportages de David Foster Wallace (Consider the Lobster) et Fabrizio Gatti (Bilal sur la route des clandestins), Jean Hatzfeld,...
Les Web-essentiels...
Pensez au mouvement...
Les ingrédients essentiels du narratif